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Une femme tres protectrice

C'est une maison à un étage, très soignée, au 46 A, rue Tkat-chkaia, qui abrite deux sociétés distinctes et une trajectoire étonnante. A gauche, en entrant, vous tombez sur un atelier de stylisme et le showroom bigarré qui va avec : à la tête de Tricotage, Elena Andreïeva, 36 ans, docteur es sciences et professeur à l'Académie de design de Moscou. A droite, c'est une autre ambiance : bureaux métallisés et lettres encadrées sur les murs, qui émanent de la police, du FSB (ex-KGB) et même du patriarcat. Bienvenue au groupe Bastion, l'une des dix plus grosses agences de sécurité en Russie, dont le slogan met l'eau à la bouche : " Avec nous, vous serez derrière un rempart. " Mille hommes à votre service. Là aussi, là encore, c'est Elena Andreieva qui tient la barre. L'hebdomadaire Kom-mersant Dengui en a fait l'une de ses 12 Femmes de l'année 1999. " Mais je ne suis pas Bat-man ", précise-t-elle d'une voix très calme.
Son holding rassemble six sociétés, dont cinq en partenariat avec l'Association des banques, avec une compagnie pétrolière, un complexe hôtelier, un consortium du bâtiment et un groupement de boîtes de nuit. " C'est moi qui m'occupe de tout ", dit la voix calme. Et de quoi s'agit-il ? Au-delà de la protection des biens et des personnes, il y a l'éventuelle prise en charge des conflits. " 80 % des hommes d'affaires sont honnêtes en Russie, note Elena. Mais vous en avez qui pèchent par nonchalance ou par naïveté. " En gros, certains achètent les actions d'une entreprise pour presque rien et sans se poser de questions ; d'autres prêtent ou empruntent de l'argent sans parapher le moindre papier. " Et il arrive toujours quelque chose, déclare-t-elle. Cela peut finir en racket ou par des menaces. Comme dit le proverbe russe : le seul fromage gratuit se trouve dans les souricières. " Avec le client, Elena peut se montrer moins allégorique : " Je serais étonnée si vous n'êtes pas mort dans un mois. "

Leçon n°1: tout savoir sur le client

II y a 11000 agences de sécurité à travers le pays, dont 3 000 opérant dans la capitale. A l'arrivée, cela fait du monde : 165 000 agents enregistrés au ministère de l'Intérieur, et la majorité vient des Grandes Maisons (KGB, GRU, etc.). " Brebis galeuses mises à part, ces gens-là font leur possible pour assurer l'ordre social ", laisse tomber Elena. Qui précise à titre personnel : " J'ai la réputation d'être très rigide avec les criminels. Je leur crie bien haut, bien fort et en couleur : j'irai jusqu'au bout. "
Fille de physiciens, elle commencera par écouter sa mère : " Tout, sauf de la physique. "
Elle en rirait presque : " Maman rêvait pour moi d'un métier plus féminin ! " A l'Institut de l'industrie légère, la petite sera une élève modèle : meilleures notes, chef du Komso-mol et bourse Lénine pour des recherches sur le textile et les techniques de coupe. Vient la perestroïka : elle crée un atelier de mode et, avec bonne humeur, se lance aussi dans le vison et la zibeline. En 1992, elle constate qu'on lui fauche des peaux. " J'ai trouvé que ça revenait cher. " La même année, un décret autorise la création des agences de sécurité. Elle s'inscrit à des cours de l'Académie du MVD (" pour voir ce que c'était ") et fonde aussi sec son agence, comme une fleur : " A l'époque, je ne savais même pas à quoi ressemblait un commissariat. "
L'année 1993 va combler cette lacune. Dans la rue, encadré par ses gardes du corps, un client d'Elena se rend à une rencontre avec des durs. Qui dégénère. Le client frappe l'un d'eux. Les pé-toires jaillissent. Ses gardes du corps font écran et jettent le client dans sa voiture. Et ça se met à canarder. Un truand se prend une balle. Jusque-là, tout va presque bien. Après le coup de chaud, Elena demande au client de venir au commissariat, mais l'homme se défile : " Sans sa déposition, explique-t-elle, mes nommes devenaient des tueurs. " Elle insiste. Il la convoque à son bureau. Elle y va. Pas de client. A la place, elle se fait cueillir par la plus belle brochette de bandits que compte Moscou. Les ténors. Comme au cinéma.
Et la musique commence : " Votre client ne viendra pas à la police. Si vous ne comprenez pas ça, vous risquez votre vie. " Quatre séances d'une heure. Elle s'arc-boute. Ne cède rien. " A mon tour, dit-elle, je les ai menacés. Je leur ai juré que s'il ne venait pas signer sa déposition, j'allais m'en occuper, moi, du prestige de mon client, et pas que du sien. " Alors ? " II a signé. " La réputation d'Elena est faite : elle sera celle qui a dit niet.

"Maman rêvait pour moi
d'un métier plus féminin ! "


Qui a fait face. " Par la suite, souligne-t-elle, dès que je lirai dans les yeux de quelqu'un le désir de me menacer, je lui dirai : "Allez donc voir ces gens-là. Ils ont tout essayé. Renseignez-vous." "
De cette aventure naîtra la philosophie de Bastion. Leçon n° 1 : tout savoir sur le client. Ses partenaires, ses relations, son personnel. Des questions simples, et si possible préventives : s'il achète une entreprise, a-t-il accès à la comptabilité ? A-t-il accès à l'usine ? La canaille est-elle en embuscade ? En cas de menaces, il conviendra (!) de provoquer les malfaisants et d'apporter les preuves de leur mauvais esprit : Elena s'en charge. Quoi d'autre ? " Ne jamais dévier du droit, répète-t-elle, même d'un millimètre.
Au quotidien, nous travaillons en étroite coopération avec tous les commissariats de Moscou. " Elena a ainsi déjoué cinq contrats de meurtre. Elle a aidé le MVD et le FSB à arrêter des criminels recherchés. Et réglé un nombre incalculable de conflits. C'est ce qu'on appelle une femme russe.
Avis aux amateurs : Mme la Présidente de Bastion a plutôt tendance à choisir ses collaborateurs parmi ceux qui ont dépassé la trentaine. " Eux seuls ont l'expérience pour désamorcer les tensions, et ne sortiront leur arme qu'en cas de force majeure. Chaque arme est achetée à la police et a son numéro. " Un ex-colonel des forces aéroportées s'occupe de la condition physique des troupes. Elena en personne surveille leur formation juridique. Si elle a le niveau ? Elle boucle sa thèse de doctorat en droit sur son sujet de prédilection : " Prévention et criminalité économique ", et elle a plutôt le moral. Car la situation a évolué et évolue encore. A Moscou, la jungle et les razborka d'hier, ces règlements de comptes sauvages, sont des pages désormais tournées. Certes, de grands bandits sont devenus d'augustes notables, mais il y a de quoi être optimiste.
C'est l'enseignante qui parle : " Au début des années 90, les garçons ne pensaient qu'au marché noir et les filles à devenir putes. Cette attitude négative des étudiants envers les études supérieures est derrière nous. Aujourd'hui, ils s'intéressent à tout. Ils sont sérieux. Ils posent des questions. Ils réclament des cours supplémentaires. " Et de lâcher son ballon dans le ciel russe : " D'ici à cinq ou dix ans, c'est par eux que tout aura changé. " •

Alla Oievelkina
et YvesStavridès

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